Les défis du multilatéralisme et de la gouvernance mondiale

29/03/2017

Depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, la coopération multilatérale semble plus menacée que jamais. La volonté affichée par Washington de renoncer à l’accord de Paris sur le climat, ou encore de remplacer certains traités commerciaux négociés en groupe par des accords bilatéraux plus ou moins imposés, semble atteindre le cœur même du système multilatéral mis en place au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, notamment autour des Nations unies. S’il faut reconnaître que le rapport des États-Unis aux organisations internationales a de tout temps été difficile (la présidence d’Obama faisant ici figure d’exception plutôt que de règle), force est de constater les nombreux défis auxquels fait aujourd’hui face la gouvernance mondiale.

Le multilatéralisme désigne un ensemble de règles et de pratiques qui permettent à un groupe d’États de coordonner leurs relations sur la base de principes généraux. Les spécialistes des relations internationales insistent souvent sur la nature qualitativement différente du multilatéralisme (fondé sur des principes préétablis plutôt qu’arbitraires), qui permet une forme de réciprocité des échanges plus diffuse et orientée sur le long terme. Tout le succès de la coopération multilatérale repose en effet sur l’adhésion de principe des États parties, sans égard aux gains et pertes spécifiques à chaque décision prise par le groupe. C’est cet attachement inhérent, semblable au rapport qu’entretiennent les citoyens en démocratie envers la mécanique électorale, qu’a remis en question l’élection de Donald Trump.

Ceci dit, il ne faudrait toutefois pas sous-estimer les défis structurels auquel le multilatéralisme se trouvait d’ores et déjà confronté. Les problèmes auxquels le monde fait aujourd’hui face ne sont plus les mêmes que ceux entrevus lors de la rédaction de la Charte de l’ONU dans les années 1940. Que l’on pense aux changements climatiques, à de possibles pandémies ou aux mouvements massifs de populations, de nombreux enjeux contemporains exigent de dépasser les pratiques établies, centrées sur le multilatéralisme intergouvernemental, pour plutôt développer de nouveaux modes d’action collective à l’échelle globale permettant d’inclure une panoplie d’acteurs non-étatiques.

Or, les expériences menées au cours des deux dernières décennies rappellent l’importance considérable des défis politiques à venir. Les grands-messes que sont devenues les conférences internationales, organisées notamment par l’ONU, mettent en lumières les défis de l’inclusion. Comment organiser les rapports entre des acteurs aussi différents que les États, les organisations internationales, les ONG, les compagnies privées et les groupes sociaux, qui forment aujourd’hui une foule innombrable et souvent chaotique sur la scène internationale ? Comment éviter les pièges de l’inefficacité, du plus petit dénominateur commun, du manque de coordination, ou du triomphe des intérêts particuliers en l’absence de mécanisme politique global capable de faire les arbitrages nécessaires ?

Au-delà des processus, il ne sera pas non plus possible d’échapper au problème criant des inégalités mondiales, d’abord et avant tout au niveau socioéconomique. Malgré l’émergence récente de plusieurs populations, notamment en Asie, la disparité des niveaux de vie demeure insoutenable à l’échelle mondiale. Il paraît difficile d’envisager de nouvelles formes de coopération internationale qui soient durables et justes dans un tel contexte. Parce qu’il a dominé le globe sans compromis au cours des derniers siècles, l’Occident tarde à prendre toute la mesure de cet état de fait. Son déclin démographique marqué rendra très bientôt inéluctable une telle prise de conscience.

De fait, l’urgence et l’importance des problèmes auxquels l’humanité fait face au xxie siècle ne changent en rien la nature profondément politique de la gouvernance mondiale. La diversité des valeurs, des visions du monde et des expériences culturelles, politiques et économiques qui caractérisent le tissu mondial ne montrent aucun signe de déclin, quoi qu’en disent les chantres de la mondialisation à l’occidentale. Le pire des scénarios, trop souvent brandi par les technocrates de plus en plus omniprésents dans les forums internationaux, serait de réduire la gouvernance mondiale à la production de biens publics, la résolution de problèmes techniques, et la recherche de gains d’efficacité. Par exemple, l’expérience des partenariats publics-privés mondiaux tels que l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation, qui sont en croissance exponentielle depuis deux décennies, jette un nouvel éclairage sur les dynamiques de cooptation, d’homogénéité, d’opacité et de non-représentativité qui caractérisent trop souvent les alternatives au multilatéralisme fondé sur l’action publique.

Car c’est bien là tout le défi de la gouvernance mondiale, qu’il s’agisse du multilatéralisme ou de ses nouveaux avatars. Dans son plus simple élément, l’idéal démocratique exige que les sujets des politiques publiques soient consultés dans la prise de décision les concernant. Or, nous sommes aujourd’hui bien loin de mécanismes électoraux, ou même d’une forme de participation directe dans la résolution des enjeux mondiaux. La longueur sans précédent de la chaîne de délégation politique mondiale, s’étirant du simple citoyen aux « gouverneurs du monde » logés à Washington, New York ou Bruxelles, empêche par ailleurs l’instauration de quelque mécanisme d’imputabilité que ce soit, afin de révoquer les décideurs en cas d’errements de leur part. Et bien en amont de ces développements, il faudrait d’abord pouvoir construire une forme inédite de sphère publique internationale dans laquelle le débat et l’engagement citoyens donneraient un sens véritable à l’idée même de communauté mondiale. Voilà une commande de taille au moment même où le tissu démocratique tend à se dissoudre dans nombre de sociétés occidentales et au-delà.

reagissez !

Commentaires

Lilia Infelise
02/04/2017

the article focus on the key point of involving all actors concerned by public policies (’idéal démocratique exige que les sujets des politiques publiques soient consultés dans la prise de décision les concernant), I would find it interesting to open a debate on concrete models. Please see my proposal of a model, already duly tested and which I will present at the 7th International Conference on Building Resilience
Using scientific knowledge to inform policy and practice in disaster risk reduction. 27-29 November 2017, SwissHotel Le Concorde, Bangkok, Thailand www.buildresilience.org/2017
Paper Id: 1181
Building rural hubs for resilient disaster risk prevention and management
Community stakeholders as the shareholders of the disaster risk prevention and management
By Lilia Infelise
ARTES | innovation for sustainable growth (www.artes-research.com)

Cities are considered the priority target of disaster risk prevention and management. Nevertheless, 70% of the poor still lives in rural areas. In extreme economic poverty, when natural catastrophes add to already difficult situations, the innermost soul of a community feels spoiled.
Anytime we deal with territories/communities that need to re-think completely their own development model starting from a desperate marginalisation of their economic assets and labour market, we are at “in a corner”.
When, after a disaster event, radical changes involve whole fragile community, and community feels spoiled, the challenge is to foster change without missing the community identity. A change of this type does not only take place thanks to wise construction technologies and resilient landscape management, but due to a governed process of creation and diffusion of new knowledge and learning, which is solid, deep and involves the whole local community as protagonist.
Local community must discover its desire/will for rebirth, recognise its potential and specific pathways for a full exploitation of its tangible and intangible resources, forgetting attitude and contrary habits to change.
In these circumstances, stakeholders’ proper involvement in co-design of policies and programmes ensures to meet the enormous challenges and new-generation programmes are needed which abandon welfearism and urgency manner approaches.
The ARTES institute has devised and successfully applied an innovative research-action model to fragile communities, which ensure stakeholders’ early involvement in disaster risk perception and management, and it is suitable for “vision building and action planning” in rural areas.
Through a specifically tailored Gap Analysis, the model allows identification of the different perspective and the rate of convergence between the different categories of stakeholders.
In council halls, the stakeholders analyse the results of the survey, discuss the strong and weak points of the territory, develop a common vision and translate it into a development action plan. A forum of all stakeholders monitors the agenda implementation and act as the unique interlocutor of national and international interlocutors before, during and after natural disaster and war acute crises.

Ajouter un commentaire