Réchauffement climatique : faut-il désespérer ?

09/04/2019

En ce début d’année 2019, les mauvaises nouvelles ne manquent pas pour qui s’inquiète de notre capacité à venir à bout du défi du réchauffement de la planète. Les signes du dérèglement sont omniprésents : les scientifiques nous annoncent que la fonte des glaces de l’Antarctique est bien plus rapide que projetée, une sécheresse en Australie s’accompagne de températures allant jusqu’à 50 °C, et Wellington, la ville où j’habite en Nouvelle-Zélande, vient de connaître la température la plus élevée de son histoire. Aux États-Unis, une perturbation descend de l’Arctique apportant des températures de moins 50 °C. Ces extrêmes de chaud et de froid sont le résultat d’une même cause.

Du côté des États, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont repris leur progression. L’année 2018 a vu une augmentation globale de presque 3 %, faisant suite à une augmentation du même ordre de grandeur en 2017. Dans plusieurs pays d’Asie, de nouvelles centrales à charbon – la source d’électricité la plus polluante – sont en projet. En France, une hausse des taxes sur les carburants, en phase avec la nécessaire transition énergétique, a été abandonnée suite au mouvement des gilets jaunes, marquant ainsi un recul de l’action gouvernementale.

La coopération internationale est à l’avenant. Certes, les pays réunis en décembre 2018 à Katowice en Pologne ont conclu un accord à l’arrachée sur des règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Mais faute de consensus, ils ont dû reporter la question importante des marchés carbone. De plus, il n’y a eu aucun progrès sur le niveau d’ « ambition », c’est-à-dire les actions et les engagements concrets des États pour réduire les émissions de GES. Et cela en dépit de l’inquiétant rapport annuel sur l’écart entre les besoins et les perspectives de réduction des GES du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Dans sa mouture 2018, ce « gap report » a une nouvelle fois conclu que les engagements des États restent très loin des objectifs fixés. Une vague de pessimisme pourrait aisément s’abattre sur nous face à une telle accumulation de nouvelles à laquelle il convient d’ ajouter l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement hostile à l’Accord de Paris dans un pays essentiel aux efforts en faveur du climat : le Brésil.

Y a-t-il des lueurs d’espoir devant ce tableau très sombre ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, la réponse est oui. D’abord, l’Accord de Paris est vraiment universel, réunissant la quasi-totalité des pays du monde. Il est entré en vigueur en un temps record et il fixe l’objectif de limitation du réchauffement bien en deçà de 2 °C, vers 1,5 °C. Fait essentiel, cette limitation est accompagnée de l’idée-clé qu’atteindre ce but doit se traduire par une transition énergétique globale avant la fin du siècle. C’est une base solide et durable, même si on déplore actuellement les engagements inadéquats des pays. Les experts du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) dans leur rapport spécial sur la possibilité des 1,5 °C nous disent qu’atteindre cet objectif reste techniquement possible.

Mais c’est surtout en regardant ailleurs que chez les gouvernements réunis dans les négociations internationales – qui représentent toujours le plus petit dénominateur commun – que l’on peut se permettre un brin d’optimisme.Depuis le début de cette phase des négociations climat, en 2005, l’économie mondiale a beaucoup évolué en faveur des énergies propres sous l’effet des progrès technologiques et des conditions du marché. Même en l’absence d’une tarification carbone autre que ponctuelle ou insuffisante, les investissements globaux en centrales électriques à base de sources renouvelables dépassent, de loin, celles à base de sources fossiles. Le coût du solaire continue de chuter, à tel point que dans un grand nombre de pays, le charbon n’est plus compétitif.

Deuxième source d’optimisme : l’éveil des acteurs « non-étatiques ». Les grandes entreprises, les villes et les collectivités locales s’engagent de plus en plus sans attendre les gouvernements. Une centaine de méga-cités de tous les continents collaborent au sein de l’organisation « C40 »  qui est actuellement présidée par la maire de Paris, Anne Hildago. Ces très grandes villes s’engagent à se mettre sur une trajectoire correspondant aux objectifs de l’Accord de Paris. Le groupe « We are still in » (nous sommes toujours impliqués) s’est formé en 2017 en réaction à l’intention du président Trump d’abandonner l’Accord de Paris. Cette alliance comprend plus de deux mille entreprises et presque trois cents villes américaines. Ses membres ont pour but de faire respecter les engagements des États-Unis sous l’Accord de Paris par leurs propres actions. Les multinationales iconiques telles que Microsoft, Apple, McDonald’s et Starbucks y figurent à côté de grandes villes comme New York et Los Angeles. Ils ne manquent pas de moyens : réunis ensemble ils représentent plus d’un tiers de l’économie américaine, et environ 40 % de la population. Un autre atout des grandes entreprises, c’est qu’elles sont capables de faire avancer ou du moins encourager l’action dans les pays où elles sont implantées, notamment quand elles cherchent à réduire l’empreinte carbone de leurs chaînes de production et de distribution. Unilever par exemple cherche à se fournir exclusivement en énergie renouvelable, ce qui va contribuer à la transition énergétique dans tous les pays de son réseau international. Enfin, il faut ajouter l’influence croissante de la société civile : les opinons publiques font pression à la fois sur les gouvernements et sur les entreprises comme en témoigne notamment le mouvement pour le désinvestissement des énergies fossiles

Au vu de ces différents facteurs, quelle stratégie mettre en place pour s’en sortir ? Dans l’immédiat, il est évident qu’il ne serait pas prudent de compter sur les seuls gouvernements pour accélérer le mouvement. Il faut que les acteurs s’engagent ensemble, en plus de leurs actions autonomes. Les dix à quinze années à venir sont peut-être l’occasion de la dernière chance car, durant cette période, d’importants investissements dans l’infrastructure énergétique seront nécessaires. C’est le moment de prendre un tournant définitif vers l’énergie propre. Pour tous les pays, des plans de transition énergétique s’imposent. En même temps, comme le montre si bien l’exemple de la taxe sur les carburants en France, pour réussir, cette transition doit s’accomplir de façon équitable, un point reconnu d’ailleurs comme impératif dans l’Accord de Paris. Mener à bien cette transition relève de la justice sociale autant que de technologies et de calculs économiques. Et ce sera là un rôle essentiel des gouvernements.

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