Santé et Objectifs de Développement Durable

27/04/2017

Adoptés par les Nations Unies en 2015, les Objectifs de Développement Durable (ODD) indiquent les actions à mener en faveur du bien-être de la population mondiale, et succèdent aux Objectifs de Développement du Millénaire (ODM) qui avaient préalablement été formulés pour combattre la pauvreté et réduire les inégalités dans le monde. Les huit ODM avaient mis l’accent sur les pays à bas revenus, les liens entre santé, éducation et développement, et définissaient une vingtaine de priorités, comme la hausse de la scolarisation ou la réduction de la malnutrition. Les ODD se veulent universels et englobent l’ensemble de la vie sur la planète, y compris l’environnement, le climat, le travail, la paix et la justice. Au nombre de 17, il se traduisent par 169 objectifs à atteindre d’ici 2030 et peuvent être résumés par les « 5 P » : peuples, planète, prospérité, paix et partenariats. Bien que les ODD aient été critiqués comme trop ambitieux et difficiles à mesurer, ils ont réussi à mettre en avant un enjeu important : mieux vivre dans un monde plus juste, plus équitable, en respectant l’environnement et en protégeant les générations futures. 

Les 47 cibles des ODD sur la santé peuvent être regroupées en trois catégories : la réduction des causes directes de décès et de maladies (cancer, maladies cardiovasculaires, infections…), la diminution des facteurs de risques (tabagisme, violence, pollution, malnutrition, mauvaises conditions d’hygiène…) et l’amélioration des facteurs qui influencent indirectement la santé (pauvreté, chômage, inégalités de genre...). La plupart de ces cibles requièrent des actions qui dépassent le secteur de la santé pour impliquer notamment l’emploi, le transport, les lois, ou encore l’économie. Les ODD demandent des efforts multi-sectoriels et des collaborations pluridisciplinaires.

Dans le monde arabe, certains pays sont à un stade avancé de transition épidémiologique avec une prépondérance de maladies non-transmissibles, alors que d’autres doivent encore lutter contre les maladies infectieuses  ou contre des pathologies faciles à prévenir, comme celles liées à la santé maternelle. En outre, les progrès réalisés pour atteindre les ODM ont été très inégaux : dans les pays riches du Golfe, on peut se féliciter du déclin de la mortalité infantile, alors que dans les pays pauvres comme le Yemen, le Soudan ou la Somalie, ces indicateurs restent très décevants. Aujourd’hui, si les principales causes de mauvaise santé dans l’ensemble des pays arabes sont liées aux maladies non-transmissibles (maladies cardiovasculaires, diabète, dépression, accidents de la route), les maladies transmissibles et celles liées à la santé maternelle continuent toujours de sévir dans les pays les plus pauvres. Il faut repenser les systèmes de santé et d’information pour donner une plus grande place à la prévention, tout en rendant les traitements plus accessibles. En effet, les problèmes de santé sont aggravés par les guerres et conflits qui ont détruit les infrastructures de santé de pays entiers, décimés les rangs des professionnels et causés l’exode d’un grand nombre d’habitants. De plus, dans les pays arabes les dépenses de santé représentent une part réduite des budgets nationaux, tandis que les dépenses militaires bénéficient des pourcentages les plus élevés au monde, y compris dans les pays les plus pauvres. 

L’une des cibles qui remporte cependant un consensus clair dans tous les pays est celle de la couverture sanitaire universelle (CSU). La CSU se fonde sur la reconnaissance d’un droit à la santé, et est envisageable quel que soit le niveau de revenu du pays. D’excellents exemples pourraient inspirer les pays du monde arabe qui n’ont pas mis en place ce dispositif. Dans ces pays, les principaux risques liés aux maladies non-transmissibles sont l’hypertension, le surpoids, le tabagisme, la mauvaise nutrition et le manque d’activité physique. En grande majorité, ces risques viennent de facteurs comportementaux, ce qui nécessite d’intervenir à plusieurs niveaux. Par exemple, exhorter les individus à mieux manger n’est pas suffisant pour lutter contre les maladies dues à une mauvaise alimentation : il est nécessaire de tenir compte de l’influence de l’industrie agro-alimentaire et des difficultés de certains groupes sociaux à trouver des aliments sains à des prix abordables. De même, la réduction des accidents de la route dépend des comportements individuels, mais il faut aussi des lois et du personnel pour imposer l’usage des ceintures de sécurité, amener à investir dans les véhicules sûrs, et des politiques pour améliorer les réseaux de transport. Ainsi est-il souvent nécessaire d’intervenir hors du domaine de la santé pour effectuer des changements structurels. Par exemple, les maladies cardiovasculaires ou le diabète sont plus facilement réduits si on règlemente les aliments gras et sucrés, encourage la marche et l’exercice, et interdit de fumer dans les lieux publics. 

Mais il y a malheureusement peu d’exemples dans le monde arabe d’actions concertées des secteurs publics et privés, notamment parce que le secteur privé est très puissant et que les gouvernements ne prennent pas d’initiatives efficaces en matière de prévention. En outre, de nombreux facteurs de risque y sont culturels. La mobilité réduite des femmes et les contraintes qui limitent leur autonomie peuvent, par exemple, contribuer à favoriser le surpoids, l’hypertension et la dépression, mais elles peuvent aussi réduire les risques liés aux accidents de la route. Ainsi les inégalités de genre représentent-elles une contrainte qui protège les femmes tout en augmentant leur vulnérabilité. De même, les liens familiaux qui caractérisent le monde arabe sont à la fois un soutien nécessaire dans le besoin, mais également un frein à l’autonomie individuelle. Enfin, en raison des grandes différences d’accès aux soins entre les pays et à l’intérieur d’un même pays, le recours aux services de santé se fait de manière excessive dans certains contextes et insuffisante dans d’autres. Comme on dispose de peu de données comparatives, il faudrait mener des enquêtes sur l’utilisation des services de santé afin de cerner les dysfonctionnements et d’améliorer la qualité des soins. Des systèmes informatiques plus performants, des mesures sur l’efficacité des services et les perspectives des patients sont nécessaires pour faire évoluer le système. 

Pour atteindre les ODD, les pays, les organisations internationales et les bailleurs de fonds doivent décupler leurs efforts. Leur financement a fait l’objet de nombreuses études et projections, et de nombreux débats sur les fonds - conséquents - nécessaires, le rôle changeant de l’aide internationale, et les efforts requis pour mettre en place des mécanismes de transparence et redevabilité. Mais, l’application des politiques des ODD s’avère parfois en conflit avec des lois et politiques nationales, et il est difficile de réduire les inégalités face à la concentration des ressources et du pouvoir entre les mains de groupes de plus en plus restreints.

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